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Les grosses familles de Lavaltrie ou la « revanche des berceaux »
Par Me Jean Hétu, président de la SHPL
Dans un article publié dans L’Ancêtre (Bulletin de la Société de généalogie de Québec, vol. 18, no 1, septembre 1991) on s’est demandé : « Qui est la femme la plus féconde? ». On rapportait que l’on avait déjà prétendu que Claire Jolliet mariée en 1702 à Joseph Fleury sieur de LaGorgendière avait eu 32 enfants et établi un record canadien pour ne pas dire mondial. Claire Jolliet était la fille de Claire-Françoise Bissot et de Louis Jolliet ainsi que la nièce de Louise Bissot mariée à Séraphin Margane de Lavaltrie. Après vérification, Claire Jolliet n’avait pas établi de record, ayant eu seulement 17 enfants! En consultant les tableaux des familles de douze enfants et plus qui ont obtenu une terre gratuite ou une prime en vertu de la « Loi des 12 enfants » présentée en 1890 par le premier ministre Honoré Mercier, on trouve plusieurs familles dont la mère a eu une vingtaine d’enfants. Marie Délima Rouillard, épouse de Sylvain Lambert, de la Paroisse de Sacré-Cœur de Jésus en Beauce a eu 23 enfants. Sara Saint-Amand, épouse d’Urbain Lord, de St-Alexis-de-Matapédia (comté de Bonaventure) fut la mère de 25 enfants. Mais le record semble appartenir à Olive Hébert, épouse de Vital Émard dit Poitevin, de Sainte-Famille d’Aumond dans le comté d’Ottawa, qui fut la mère de 29 enfants entre 1839 et 1867, soit 29 enfants en 28 ans. Faire plus serait un défi de taille! À Lavaltrie, on retrouve également des épouses qui ont donné naissance à un grand nombre d’enfants, souvent plus d’une douzaine. Certains couples sont dignes de mention. Le bedeau Joseph Charland marié en 1853 avec Agnès Hétu a fait baptiser 15 enfants entre 1854 et 1878. Norbert Robillard marié en 1855 avec Hermine Robillard en fait baptiser autant. Zénon Hétu qui a épousé en 1900 Marie Rosina Martel fait baptiser à Lavaltrie 17 enfants entre 1901 et 1924. Le couple formé de Joseph Édouard Mousseau et de Valérie Hétu donnera naissance à 16 enfants entre 1861 et 1885. Isaï (ou Sinaï) Robillard sera le père de 16 enfants avec Marie Perrault entre 1873 et 1896. Lionel Pelletier et Rose Alma Hétu auront une quinzaine d’enfants dont onze survécurent. Mais la palme va revenir à Caroline Pelletier et à Lumena Robitaille. Caroline Pelletier, après avoir épousé Narcisse Lacombe, va donner naissance à 19 enfants, dont des jumelles, entre 1855 et 1882. Parmi ses enfants, on retrouve le Dr Georges-Albini Lacombe, médecin et député provincial, qui sera le parrain de la célèbre « Loi Lacombe » pour protéger les petits débiteurs. Un autre fils de Caroline Pelletier, soit Éloi Lacombe marié avec Mathilda Martel, sera le père de 15 enfants. Telle mère, tel fils! Quant à Lumena Robitaille, elle épouse Louis Turgeon et elle aura 19 enfants entre 1903 et 1927. Dix filles de ce dernier couple vont se marier à Lavaltrie entre 1928 et 1943. Ce n’est qu’en 1944 que le gouvernement fédéral va adopter une première Loi sur les allocations familiales qui va nous apparaître par ailleurs discriminatoire à l’égard des Canadiennes françaises puisque les allocations sont calculées en fonction de l’âge (moins de 16 ans) et du nombre d’enfants (maximum 5) afin que les familles nombreuses du Québec ne soient pas les grandes bénéficiaires du programme fédéral. Certains ont dit « qu’il ne fallait pas encourager les chauds lapins du Québec ».
Du côté des hommes, j’ai publié en 1976 un article dans les Mémoires de la Société généalogique canadienne-française pour démontrer que le record de paternité appartient à Pierre Lepage, de Saint-Colomban, qui avec trois épouses successives est le père de 42 enfants nés entre 1892 et 1940. D’autre part, les médias nous ont révélé récemment que des hommes se présentent comme des « donneurs artisanaux » de sperme qu’ils offrent gratuitement à des femmes qui veulent devenir enceintes sans faire appel aux cliniques de fertilité. Ainsi trois hommes d’une même famille, un père et ses deux fils, sont devenus les pères biologiques de plusieurs centaines d’enfants au Québec sans que les mères sachent que leurs enfants avaient une foule de demi-frères ou de demi-sœurs. Qui plus est, ces donneurs bénévoles seraient porteurs de maladie génétique, donc rien pour enrichir l’ADN des Québécois. Le film québécois Starbuck diffusé en 2011, dont le nom fait référence à un célèbre taureau reproducteur, porte sur l’histoire d’un homme qui découvre 20 ans plus tard qu’il est le père biologique de 533 enfants. Ce film qui a pu sembler un peu farfelu n’est donc pas très loin de la réalité. Pour conclure, je citerai le commandement de Dieu qui déclare : « Père et mère tu honoreras, afin de vivre longuement ».