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MAI 2020

 

LES CORVÉES

 

      La corvée ou « bi » (1) comme disaient les anciens, réunissait tous les hommes disponibles dans un voisinage donné. C’était du travail volontaire et non payé qu’on allait faire en groupe pour donner un coup de main à un habitant de la paroisse ou des rangs qui devait entreprendre des gros travaux, par exemple la construction d’une grange, d’un hangar, l’érection d’une charpente de maison. Parfois, il s’agissait de rentrer une récolte que la gelée menaçait, de faire une boucherie d’automne ou encore une épluchette de blé d’Inde.

     Lorsqu’un habitant faisait appel à la corvée, il était bien entendu qu’il devait préparer de longue main le travail de ses invités. Dans le cas d’une construction, il lui fallait ramasser ses matériaux et les disposer de façon à favoriser le travail du groupe. Il était également de mise de mettre à la disposition des travaillants une cruche ou deux de bon whisky du pays.

     La corvée durait habituellement une journée. Selon l’ampleur des travaux, elle pouvait se prolonger un peu plus. Les hommes s’amenaient de très bonne heure pour profiter au maximum de la journée. Ils se divisaient en petits groupes qui ne manquaient pas de rivaliser entre eux, quant à la vitesse ou à la quantité d’ouvrage abattue. Ceci évidemment, à l’avantage de celui qu’on venait aider.

     À l’heure des repas, le groupe ne se déplaçait pas. Les femmes qui se joignaient à la corvée apportaient sur les lieux mêmes toute la boustifaille qu’on pouvait souhaiter. Une fois les estomacs bien remplis, la corvée reprenait de plus belle. Il était habituel d’entendre cette joyeuse troupe chanter et siffler tout au long de la journée.

     Le soir venu, l’hôte insistait pour garder tout le monde à souper. Un premier groupe s’attablait. Alors défilaient dans les assiettes de généreuses portions de soupe aux pois, de grillades, de ragoût ou de boudin que venaient couronner les tartes maison.

     Comme le whisky avait coulé toute la journée, les hommes étaient de fort heureuse humeur et certains d’entre eux ne manquaient pas d’organiser des jeux d’endurance et de force. On tirait au coup-de-bâton, au poignet, et les plus forts se lançaient des défis qu’ils réglaient dans une arène improvisée, aux acclamations de leurs amis.

 

Travaux bénévoles

     Mais les corvées n’avaient pas toujours cette allure joyeuse. Il survenait des occasions où cette solidarité proverbiale des anciens Québécois se déployait pour porter secours à un voisin qui passait au feu, ou dont l’habitation venait d’être détruite ou sérieusement endommagée par les éléments de la nature.

     Ainsi lorsqu’un incendie se déclarait, on se rendait à toute vitesse sur le lieu du sinistre et on organisait à la volée une chaîne de seaux et chaudières d’eau qu’on lançait sur le feu. La plupart du temps, on travaillait surtout pour préserver les bâtiments non encore atteints. Avant même que l’incendie ne soit complètement maîtrisé, un groupe de volontaires s’était déjà constitué pour rebâtir le plus tôt possible.

     À cette époque, tout le monde s’attendait à cela, car l’assurance n’était pas une pratique courante. Seule l’assistance bénévole des voisins pouvait aider à faire face aux coups durs.

     Aujourd’hui encore on pratique la corvée dans certaines régions du Québec. Un récent exemple nous a été servi par les Beaucerons qui se sont construit de cette façon un stade couvert à Saint-Gédéon de Beauce-Sud.

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  1. De l’anglais « bee » qui signifie, aux États-Unis, corvée.

 

Extrait de « Les coutumes de nos ancêtres », auteur Yvon Desautels,
autorisé par l’éditeur Éditions Paulines, 1984/médiaspaul