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Octobre 2021

LE FOULAGE DE L’ÉTOFFE

     

     Cette opération, qui nécessitait plusieurs heures et mettait à contribution plusieurs travailleurs, avait pour but de faire rétrécir les pièces d’étoffe tissées sur le métier domestique. Ce rétrécissement rendait les tissus très compacts et très fermes. On pouvait donc en tirer des vêtements chauds à souhait et pratiquement inusables.

     L’habitant qui avait de l’étoffe à fouler faisait appel à toutes « ses connaissances ». Comme la besogne exigeait une bonne dose d’endurance, on formait plusieurs équipes de « fouleurs » qui se relayaient tout au long de la soirée.

     Le paysan leur donnait rendez-vous un soir d’automne dans son « fournil », sorte de hangar attenant aux grands bâtiments de la ferme. En fait, ce local était idéal. Spacieux, ni trop froid, ni trop chaud, ni trop propre, le fournil se prêtait parfaitement bien à l’installation de l’auge, l’instrument central de toute l’opération. Cette auge, ou grand bassin, était généralement fabriquée à partir d’un important tronc d’arbre qu’on avait évidé à la hache. Sa longueur pouvait varier de 40 à 50 cm.

     Pour mener à bien l’opération, deux autres outils s’avéraient nécessaires. Il s’agissait des foulons et des pilons. En pratique, et selon les endroits, ces deux outils se ressemblaient beaucoup. On pourrait les décrire comme des pièces de bois semblables à des perches mais dont un bout prenait la forme d’un cylindre. Les « foulons du haut » mesuraient 2 mètres. On les utilisait aux deux extrémités de l’auge. Les « foulons du centre » ou pilons étaient plus courts (environ 1 m 30). Ils servaient aux quatre fouleurs qui travaillaient dans la partie centrale de l’auge.

     À l’heure du foulage, c’est-à-dire généralement après le repas du soir, on remplissait d’eau chaude et savonneuse l’auge de bois dont on vient de parler. On y déroulait ensuite une grande pièce d’étoffe fabriquée sur le métier à tisser domestique. Alors une première équipe de huit fouleurs s’installaient autour de l’auge en respectant la disposition suivante : deux à chaque extrémité et deux de chaque côté du centre. Et la corvée commençait. Tout au long de la période de 2 ou 3 heures nécessaires pour fouler chaque pièce de tissu, les fouleurs répétaient les mêmes gestes. Ceux des extrémités poussaient l’étoffe vers le milieu, ceux des côtés écrasaient l’étoffe ramassée devant eux en abaissant et élevant leurs pilons. De temps à autre, on retournait complètement la pièce de tissu afin de rendre le foulage égal.

     Comme il fallait que les mouvements des fouleurs s’exécutent selon une certaine cadence, les invités qui attendaient leur tour pour prêter main-forte à la corvée chantaient des chansons dont le rythme favorisait le déroulement des travaux. Ainsi, tout au long de la soirée, se succédaient des chansons de marche, d’aviron ou encore «de foulon» comme « Mon père a fait bâtir maison », etc.

Ce travail requérait beaucoup d’endurance

     Étant donné que l’ouvrage était dur, le maître de la maison y allait régulièrement de sa « petite tournée » de vin ou de « fort », histoire d’encourager les travailleurs. Vers la fin de la soirée, il offrait également à tous ses invités le réveillon traditionnel auquel les fouleurs ne manquaient pas de faire un cordial accueil.

     L’étoffe ainsi traitée était par la suite étendue sur des « pagées » de clôture pour la faire sécher. Puis, on pressait le tissu au fer chaud. Après ces opérations, l’étoffe acquérait une fermeté si grande qu’un « capot d’étoffe » pouvait durer presque toute une vie.

Extrait de « Les coutumes de nos ancêtres », auteur Yvon Desautels,
autorisé par l’éditeur Éditions Paulines, 1984/médiaspaul