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FÉVRIER 2020

 

LE TISSAGE

    

     Durant l’hiver, les femmes s’adonnaient à un ensemble d’activités qui avaient pour but de pourvoir la maisonnée en étoffe, tissu, vêtements de toutes sortes.

     Une de ces activités typiques de l’hiver québécois était sans contredit le tissage. Une fois que la période « des fêtes » était passée, on installait soit dans la vaste salle commune de l’habitation (la cuisine) ou encore dans la grande chambre (salon) l’imposant métier à tisser. Cet instrument qui n’a d’ailleurs pas tellement changé depuis avait, comme c’était la coutume, été fabriqué par les hommes de la maison à partir d’arbres coupés dans les environs. À cette époque-là, les gens achetaient peu de choses. Ils fabriquaient presque tout ce qui était nécessaire à leur vie quotidienne.

     Il est peut-être intéressant d’ouvrir une parenthèse ici pour dire que le tissage a mis beaucoup de temps à prendre racine chez nous. Tout au long des cent cinquante premières années de la communauté québécoise les différents gouverneurs et intendants de la Nouvelle-France ont tenté sans grand succès d’inciter les dames de chez nous à s’adonner à cet art domestique. Cela aurait permis à la jeune colonie de développer une certaine auto-suffisance en tissu et en étoffe. Ils se heurtèrent pour la plupart à un désintéressement décourageant. Cette carence de tissu « du pays » constitua à l’époque une des premières causes de l’inflation et de la cherté de la vie. Ce ne sera qu’après la conquête anglaise, une fois que les liens furent coupés avec la mère patrie, que le cardage, le filage et le tissage deviendront des occupations saisonnières de la femme québécoise.

Des pièces fort variées

     À partir de la fin janvier donc et ce jusqu’aux temps des semailles, les femmes de la maison se relayaient sur le métier à tisser. Elles confectionnaient ainsi une gamme fort variée de pièces. Certaines servaient à tailler des vêtements. Pensons par exemple à des tissus tels la serge croisée, le droguet ou encore la toile de lin. D’autres, comme la panoplie des couvertures de lit ou des laizes pour plancher avaient des vocations bien précises.

     On obtenait des étoffes et tissus à partir d’une matière première peu chère et la plupart du temps disponible en abondance dans les environs. Correspondaient à ces critères par exemple la laine et le lin qui ont occupé une place importante dans la production des artisanes du siècle dernier.

     On récupérait et on recyclait beaucoup aussi à cette époque. Les tissus usés, les vêtements trop défraîchis, les couvertures et les draps effilochés étaient mis de côté. Ils servaient à confectionner les fameuses catalognes québécoises.

     Ces productions artisanales n’étaient pas dépourvues de coquetterie et de créativité. Tout au contraire! Laissant aller leur imagination, les tisserandes inventaient des motifs, des tons, des textures des plus diversifiés.

     Ceci a d’ailleurs donné naissance à de véritables styles régionaux : le boutonné de Charlevoix, la flanelle à carreaux noirs du bas du fleuve, etc. Ces créations constituent sans doute un des plus beaux fleurons de l’artisanat québécois.

 

Extrait de « Les coutumes de nos ancêtres », auteur Yvon Desautels,autorisé par l’éditeur Éditions Paulines, 1984/médiaspaul