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Mars 2019

LE GRAND MÉNAGE 

     Avant de déclencher le grand ménage nos ancêtres guettaient les signes avant-coureurs des chaleurs : retour des corneilles, débâcles de rivières, fonte de la neige.

     Comme c’était l’usage à cette époque, les femmes concentraient leurs efforts dans la maison. Étant donné que les vêtements utilisés durant la saison froide n’étaient plus nécessaires, elles s’attaquaient d’abord au rangement du « linge d’hiver ». C’était toute une affaire surtout si l’on tient compte qu’à cette époque les familles n’avaient presque jamais moins qu’une dizaine d’enfants. Après avoir trié les vêtements elles remisaient avec un soin spécial les plus dispendieux. Généralement, ces derniers étaient empaquetés dans des coffres en bois de cèdre. Pour les protéger contre les mites, on y intercalait même des branches de cèdre.

     Dans un deuxième temps, les ménagères retiraient des lits les chaudes couvertures de laine et les remplaçaient par d’autres plus légères. Elles sortaient les matelas sur la galerie et les battaient vigoureusement afin de les rafraîchir. Elles roulaient toute la batterie de « laizes » qui s’étendaient un peu partout sur les planchers de la maison.

Dans la maison et au-dehors

     Puis, elles s’attaquaient à la corvée du lavage. Tout y passait. Planchers, plafonds, murs, vitres, etc. Armées de leurs torchons et de leur bac d’eau chaude et savonneuse, nos ménagères québécoises effaçaient ainsi en trois ou quatre jours les traces laissées par cinq ou six mois de chauffage et de cuisson continus.

     L’opération comprenait également la réouverture de la cuisine d’été. L’idée de lui rendre vie égayait tout le monde parce que cela signifiait que le doux temps approchait.

     Pendant que les femmes lavaient, époussetaient, rangeaient et astiquaient à l’intérieur de la maison, les hommes pour leur part s’affairaient à l’extérieur. On les voyait démanteler les « tambours » qui avaient protégé la porte principale des logis durant l’hiver. Ils enlevaient les fenêtres doubles, dégarnissaient un peu les « solages », roulaient les clôtures d’hiver, dégageaient le paillis entourant les arbres et les arbrisseaux.

     Comme la neige fondait rapidement, les voitures d’hiver n’étaient désormais plus utiles. Alors les hommes consacraient une partie de leur temps à démonter, réparer et entreposer tout cet attirail dans l’écurie. Parallèlement, ils dépoussiéraient les voitures d’été et voyaient à ce qu’elles roulent à la perfection.

     Rares étaient les hivers où la neige ne causait pas de dégâts autour de la ferme. Les hommes en profitaient pour se livrer à une série de « radoubs », c’est-à-dire des réparations. Ils remontaient les clôtures affaissées, remplaçaient les bardeaux manquants, ajustaient une porte « écréanchée », etc.

     Symboliquement, le grand ménage était peut-être une façon pour nos ancêtres de mettre un point final au long hiver québécois.

Extrait de « Les coutumes de nos ancêtres », auteur Yvon Desautels
autorisé par l’éditeur Éditions Paulines, 1984/médiaspaul

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