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AVRIL 2020

LA FÊTE DE PÂQUES

 

     Comme Pâques était une des plus importantes fêtes religieuses de l’année, nos ancêtres la célébraient avec beaucoup de pompe et de dévotion. Ils le faisaient d’abord en s’y préparant soigneusement. Tout au long du carême, ils observaient à la lettre un jeûne très sévère et suivaient avec beaucoup de piété les cérémonies qui se déroulaient au temple paroissial. Durant la semaine sainte, l’assistance aux « offices » était fort impressionnante. Traditionnellement l’office du Jeudi saint avait lieu vers 6 heures du soir, celui du Vendredi saint vers 3 heures de l’après-midi et celui du Samedi saint vers 11 heures du soir. À chaque jour, la file d’attente devant les confessionnaux s’étirait jusque vers le fond de l’église. En effet, chaque paroissien ayant atteint l’âge de raison, soit 7 ans et plus, était tenu de « faire ses Pâques ». Cela voulait dire se confesser et évidemment communier le jour de Pâques ou dans la huitaine qui suivait.

 

Fête de la lumière et de la joie !

     Les célébrations de la fête de Pâques débutaient très tôt. Pour un certain nombre, elles commençaient dès minuit et une minute, alors qu’à l’église paroissiale la vigile pascale se transformait en une joyeuse célébration de la lumière, symbole de la résurrection et de la pérennité du Christ. Ceux qui s’étaient déplacés pour cette cérémonie nocturne ne rentraient pas chez eux pour aller se coucher. Sur le perron de l’église, ils s’invitaient mutuellement pour aller casser la croûte. Plusieurs d’entre eux veillaient même jusqu’au petit matin, car ils voulaient être les premiers à aller cueillir la fameuse « eau de Pâques ».

Selon la tradition, cette eau avait le pouvoir de guérir les maladies de la peau et de soulager plusieurs indispositions. L’eau de Pâques devait se ramasser avant le lever du soleil, le jour de la Résurrection, dans un ruisseau, un fleuve, une rivière, en fait dans tout ce qu’on appelle de l’eau courante. Pas question d’utiliser l’eau du puits ou de l’étang. Comme l’eau de Pâques avait la propriété de se conserver toute l’année sans se corrompre, les braves qui en faisaient la cueillette s’amenaient avec plusieurs bouteilles qu’ils emplissaient pour ensuite les emporter à la maison. Durant la journée, ils distribuaient le fruit de leur récolte aux parents et aux amis qui n’avaient pu être des leurs.

     Toujours selon les anciens, il paraîtrait que les matins de Pâques, il se produisait un phénomène singulier. À son lever, le soleil dansait dans le ciel. Il suffisait d’observer, racontent-ils, le spectacle sur les cloisons et sur les murailles.

     Pâques n’aurait certes pas été Pâques, sans la traditionnelle grand-messe de dix heures. Comme pour la messe de minuit, celle-ci rassemblait presque toutes les ouailles de la paroisse. Pratiquement, seuls les malades  au lit n’y étaient pas. Débarrassée de ses voiles violets, l’église avait fleuri comme un grand jardin. Un moment en particulier avait l’art d’émouvoir tout le monde. C’est lorsque le célébrant entonnait le Gloria. Soudainement, le chœur qui était resté muet depuis le dimanche des rameaux se déchaînait et répondait : « Et in Terra,  Pax hominibus bonae voluntatis ». Au même moment, les cloches de toutes sortes carillonnaient leur joyeuse mélodie. Elles aussi s’étaient tues durant la semaine sainte. On disait à cette époque-là qu’elles étaient parties à Rome.

     Une des plus touchantes coutumes de la fête de Pâques avait rapport avec les cloches pascales et les petits enfants qui ne marchaient pas. En effet, ce jour-là les mères mettaient leur jeune enfant sur le plancher afin qu’il essaie ses premiers pas. La tradition voulait que, lorsqu’il entendait les cloches de Pâques, l’enfant qui n’avait pas voulu marcher par lui-même devenait plus hardi et s’élançait sans l’aide de personne.

     Lorsque l’Ite Missa Est renvoyait tout le monde chez soi, les abords de l’église prenaient l’allure d’une kermesse. Surtout si la journée était douce et ensoleillée. On s’attardait sur la grande place pour saluer tous et chacun et pour se souhaiter de joyeuses Pâques. 

     Une fois les politesses accomplies, on revenait à la maison où un succulent jambon rose occupait le centre de la table familiale. Aiguisé par quarante jours de jeûne, l’appétit ne manquait à personne. On avait droit à tout un banquet.

Extrait de « Les coutumes de nos ancêtres », auteur Yvon Desautels,
autorisé par l’éditeur Éditions Paulines, 1984/médiaspaul