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Juin 2019

LA FÊTE-DIEU

Célébrée au début de l’été, cette fête se caractérisait par une procession dont le déploiement et la magnificence n’avaient pas leur pareil.

La mise en place de ce grand cortège commençait longtemps à l’avance. D’abord, le curé établissait le trajet du défilé. Circulaire et pas trop compliqué, celui-ci changeait un peu chaque année. Puis il choisissait la maison où se dresserait le fameux « reposoir ».

L’ecclésiastique mettait un grand soin à sélectionner la famille dont l’habitation allait servir momentanément de sanctuaire. Les membres devaient nécessairement être des paroissiens exemplaires à tout point de vue.

De leur côté, le sacristain et le bedeau s’affairaient à dresser l’inventaire de tout le matériel nécessaire : chandeliers, dais, lanternes, bannières, croix, drapeaux, oriflammes, etc. Une fois passé en revue, chaque objet était astiqué ou réparé selon le cas.

Les soeurs du couvent, les institutrices et les dames des différentes sociétés pieuses donnaient également un sérieux coup de main. Selon leurs talents, elles faisaient pratiquer la chorale des enfants, réparaient et empesaient surplis et autres vêtements liturgiques et confectionnaient les costumes d’ange. Ah, ces fameux costumes d’ange! Grandes robes blanches drapées d’un ceinturon bleu. Ailes de carton tapissées de papier doré. Combien d’enfants ne rêvaient-ils pas à cette époque d’être choisis pour jouer un instant le rôle de ces célestes et doux personnages! Mais comme le dit l’Évangile, il y avait beaucoup d’appelés mais peu d’élus.

Le maître chantre et la chorale des hommes n’étaient pas non plus en reste. Après avoir soigneusement identifié les différentes hymnes qu’ils entonneraient, ils passaient de longues heures à répéter celles qu’ils maîtrisaient moins bien.

Avant que le jour « J » n’arrive, toute cette armée d’infatigables bénévoles se réunissait à plusieurs reprises. Ces réunions, tenues très souvent au presbytère, permettaient de roder, du moins sur papier, le scénario et la logistique du défilé. On y établissait, par exemple, la composition des différents groupes du cortège, l’ordre dans lequel ils défileraient, qui porterait tel et tel drapeau, etc.

Le plus grand déploiement liturgique de l’année

Finalement, arrivait le dimanche de la Fête-Dieu. Après la célébration de la messe dominicale, les fidèles se rassemblaient devant l’église et sans trop perdre de temps la procession s’organisait. À la tête du défilé prenait place le « thuriféraire », c’est-à-dire le porteur de la croix. Suivaient, dans un ordre qui pouvait varier de paroisse en paroisse, les différents groupes d’enfants séparés en garçons et filles et aussi selon l’année scolaire à laquelle ils appartenaient. Puis venaient les femmes regroupées par confréries. Chaque groupe arborait fièrement l’étendard, la bannière ou le drapeau qui lui était propre. Chaque membre avait reçu la consigne de porter également bien en vue l’insigne de son groupe. Les hommes eux aussi, rassemblés par confréries enchaînaient. La chorale, précédée du maître chantre, marchait tout de suite après. Venaient par la suite les marguilliers, les zouaves pontificaux, les ordres religieux. Presqu’en dernier le prêtre porteur de l’ostensoir d’or. Celui-ci contenait l’hostie sainte qu’on honorait d’une façon grandiose ce jour-là. Revêtu d’une chape artistiquement brodée, le prêtre était flanqué de quelques autres ecclésiastiques et d’une volée d’acolytes en soutanes rouges et surplis, chandeliers allumés en main. L’un d’eux, porteur de l’encensoir répandait sous le dais un léger nuage blanc fort odoriférant qui conférait à la scène un cachet surnaturel.

Après avoir emprunté quelques rues, le cortège parvenait au reposoir. Sur la galerie d’une maison toute pavoisée de fleurs, de banderoles, d’images saintes, on avait dressé un autel temporaire. Alors la foule se plaçait en demi-cercle et le prêtre, entouré de tous ses assistants, procédait à l’adoration du saint sacrement. Les fidèles faisaient alors monter vers le ciel leurs plus profonds hommages de respect et de reconnaissance. Une fois cette halte terminée, la procession se remettait en marche en direction de l’église paroissiale où les cloches ne s’arrêtaient de sonner que lorsque l’hostie avait été remise dans le tabernacle.

Extrait de « Les coutumes de nos ancêtres », auteur Yvon Desautels,
autorisé par l’éditeur Éditions Paulines, 1984/médiaspaul

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